PERLA SERVAN-SCHREIBER « C’EST UNE CHANCE DE VIEILLIR ! »

PERLA SERVAN-SCHREIBER « C’EST UNE CHANCE DE VIEILLIR ! »

Rencontrer Perla Servan-Schreiber fait du bien au moral ! Dans son dernier livre comme dans cet entretien, elle nous prouve qu’entre renoncements et découvertes, vieillir est une véritable aventure, à condition de se donner comme projet de rester vivant et non de rester jeune. On a envie de la suivre sur ce chemin !

BIO EXPRESS

Perla Servan-Schreiber est née au Maroc, d’éducation juive et de culture française. Après des études de droit et de sciences politiques, elle devient publicitaire – Elle, Marie Claire – puis éditrice de maga- zines. Avec son mari, Jean-Louis Servan- Schreiber, elle crée Psychologies en 1998 et lance Clés en 2010. Elle a publié de nombreux ouvrages à succès comme La Féminité, de la liberté du bonheur (Stock, 1994), Ce que la vie m’a appris (Flammarion, 2017), et réalisé des vidéos intimistes sur Facebook, « La minute Perla » avec l’équipe de My Little Paris, sur le thème de la transmission. A 75 ans, elle sort un nouveau livre passionnant, Les promesses de l’âge (Flammarion, 2018).

Vous démarrez votre livre en écrivant « La vieillesse n’est pas ce que je croyais ». C’est cela l’objectif de votre ouvrage : rassurer les lecteurs ?

Perla Servan-Schreiber : L’objectif numéro un, c’est plutôt de les informer, même si j’espère que ce livre aura pour effet de les rassurer également. Nous sommes en train de vivre une véritable révolution, celle de la longévité. Et force est de constater que nous manquons d’informations sur cette nouvelle réalité de la longévité. C’est une révolution silencieuse qui a radicalement transformé la vieillesse, qui n’a plus d’âge d’aujourd’hui. Il faut donc apprendre à changer de logiciel dans notre tête, car ce qui était vrai hier concernant la vieillesse ne l’est plus ou est vraiment différent aujourd’hui.

Vous allez plus loin en questionnant : « Et si la vieillesse était désirable ? » C’est donc une chance de vieillir si on est en bonne santé ?

P. S-C. : Oui, c’est une chance de vieillir ! Et puis, comme l’a écrit Woody Allen avec humour : « J’accepte de vieillir car c’est la seule façon de ne pas mourir jeune. » Il faut arrêter de considérer la vieillesse comme une maladie.

Evidemment, il existe des maladies neurodégénératives liées à l’âge, mais la majorité des plus de 60 ans ne souffre ni d’un Alzheimer ni d’un Parkinson. Dans les faits, même si peu d’entre nous rêvent de devenir « vieux », je découvre pour ma part que la vieillesse peut devenir désirable si on a l’ambition de la transformer en promesses. Je me retrouve à 75 ans avec suffisamment d’énergie, de désir, pour faire des rencontres, me lancer dans des activités nouvelles, pour prendre du plaisir à transmettre aux jeunes généra- tions. Si je suis aujourd’hui totalement engagée à vieillir dans la joie, c’est parce que je suis devenue amoureuse de la jeunesse des autres.

« Oui, c’est une chance de vieillir !(…) Je découvre pour ma part que la vieillesse peut devenir désirable si on a l’ambition de la transformer en promesses. »

Mais on n’arrive pas en pleine forme mentale et physique, comme vous à 75 ans, si on n’a pas un minimum travaillé sur soi. En quoi la vieillesse est-elle un chemin ?

P. S-C. : Oui, c’est un chemin. Ce que j’ai compris moi- même, en gros, c’est que vieillir ce n’est rien d’autre que vivre ! Et plus tôt on s’attache à développer un bon moral pour vivre du mieux possible, plus agréable sera la suite du voyage. C’est comme sur un bateau, impossible d’aller loin et de franchir le tumulte des eaux, si l’on n’a pas appris auparavant à naviguer.

C’est quoi la recette de la sérénité ?

P. S-C. : Chacun peut trouver ses propres recettes. Personnellement, j’adore être en silence, partir en retraite, cela me régénère. Mais il n’y a aucune recette qui soit valable pour tous, il y a juste quelques règles que la vie m’a apprises. La première qui me semble essentielle, c’est qu’il faut cesser de vouloir changer ce qui ne dépend pas de nous. Si on n’y arrive pas, on est condamné à se cogner la tête contre un mur, à être en colère ou en souffrance. A contrario, il y a énormément de choses pour lesquelles on peut s’améliorer soi- même. Je suis disciple de Rousseau et de Locke. En chaque être humain, il y a du bien et du mal. Donc on peut tous développer nos capacités à faire le bien plutôt que le mal. On peut tous planter cette graine en soi. Un humain, c’est comme une plante vis- à-vis de la lumière. On s’épanouit dans la lumière et l’action, pas dans l’obscurité et le néant. C’est décourageant de simplicité, mais c’est tellement vrai !

Vous affirmez que le 3e âge ressenti commence à 76 ans. Est-ce parce que le déni de vieillesse dure plus longtemps ou parce que la médecine a fait des progrès incroyables ?

P. S-C. : On vit beaucoup plus long- temps en très bonne forme, c’est une réalité, mais il y a aussi une part de déni, probablement. Nous vivons un phénomène qu’il ne faut pas minimiser. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que les plus de 75 ans sont aussi nombreux, qu’il y a de plus en plus de centenaires et qu’on nous annonce pour bientôt une espérance de vie de 120 ans. Comme beaucoup d’autres, je suis la première surprise par cette nouvelle vieillesse. Quand j’avais 20 ans, cette « nouvelle génération » de personnes âgées toujours actives et en forme n’existait pas encore. Cela bouleverse complètement la société.

« Nous avons chacun notre jardin secret essentiel dans notre vie. Moi, ce qui me réussit, c’est d’introduire des contrastes : cuisiner de bon petits plats au quotidien et avoir des périodes de jeûne, marcher et méditer, faire des rencontres et entrer en silence, écrire en solitaire et voir ma famille… C’est cette diversité là qui fait que chacune de mes journées se passe du mieux possible. »

Quel est votre propre rapport à l’âge et à la vieillesse ?

P. S-C. : Beaucoup plus que mon rapport à l’âge, j’ai tou- jours aimé les vieux et la vieillesse ne m’a jamais effrayée. Dans ma jeunesse, j’ai vécu au Maroc, avec de vieux grands parents qui étaient, comme toutes les personnes âgées, ho- norés, respectés, consultés. J’ai donc toujours considéré que c’était formidable d’être vieux. Cela a fortement in- fluencé ma curiosité de la vieillesse.

Vous avez fait des choix comme celui du traitement hormonal substitutif qui selon vous permettent de ne pas avoir à affronter ce que vous appelez le VGV, le « Vieillissement à Grande Vitesse ». Expliquez-nous.

P. S-C. : Loin de moi l’idée de faire l’apologie ou de prescrire le THS. Chaque femme est différente et il est important de bénéficier d’un suivi médical régulier et d’analyses permet- tant de savoir si on peut prendre ce traitement sans dan- ger. Je ne peux sur ce sujet qu’apporter mon témoignage. Dans mon cas, quand on m’a dit à l’arrivée de la ménopause que je pouvais choisir ce type de traitement et éviter les bouffées de chaleur et tous les désagréments d’une chute hormonale (baisse d’énergie, moral en berne, sécheresse de la peau, kilos, gonflements, sueurs nocturnes, baisse de libido…), quand j’ai compris que je pouvais éviter tout cela, j’ai foncé et je ne l’ai jamais regretté, car cela m’a donné vingt ans de plus en constante forme et sans prise de poids. J’ai dû arrêter le THS il y a deux ans, et j’ai donc commencé ma ménopause à 73 ans. J’y suis désormais, mais mon moral n’est pas atteint pour autant !

Vieillir au mieux de soi passe aussi par le maintien d’un maximum d’activités. N’est-ce pas cela la clé numéro un, faire en sorte que la retraite ne soit en aucun cas la fin de la vie active, mais seulement l’arrêt de la vie professionnelle ?

P. S-C. : Fondamentalement, oui ! L’activité permet à la fois de maintenir ses neurones en état et de rester en lien avec les autres. Cela vous empêche de vous isoler. Dans mon cas, rester active passe notamment par l’écriture et je peux vous dire que c’est un tel plaisir pour moi de rester à mon bureau chaque jour 8 à 9 heures pour écrire ! C’est pour moi une activité de flux et je ne vois pas le temps passer. Mais rester active, c’est aussi cuisiner pour ma famille, transmettre mon expérience à de jeunes générations. C’est formidable de multiplier les rencontres et les contacts. On y trouve des récompenses tous les jours. Accepter sa vieillesse en étant au mieux de soi, cela invite, chacune et chacun, à rechercher la bonne attitude.

C’est aussi dans la tête que tout se passe. Vous parlez de « lifter le moral et de muscler son mental ». D’où l’aide de la méditation et du jeûne que vous pratiquez ?

P. S-C. : En fait, j’ai trouvé ce qui me convenait. J’ai essayé beaucoup de choses dans ma vie pour trouver celles qui m’apportaient un réel bien-être. J’ai notamment essayé plu- sieurs formes de yoga. Mais au bout du compte, j’ai gardé ce qui me fait vraiment du bien et qui me permet en effet à la fois de lifter mon moral, de muscler mon mental et de me maintenir en bonne forme physique : marcher, nager, méditer, entrer en silence, jeûner… Nous avons chacun notre jardin secret essentiel dans notre vie. Moi, ce qui me réussit, c’est d’introduire des contrastes : cuisiner de bon petits plats au quotidien et avoir des périodes de jeûne, marcher et méditer, faire des rencontres et entrer en si- lence, écrire en solitaire et voir ma famille… C’est cette diversité-là qui fait que chacune de mes journées se passe du mieux possible.

Tout ce qu’on vit à partir d’un certain âge est un cadeau si l’on prend la peine et le temps de vivre. C’est ça le secret, cultiver l’instant présent, la gratitude et se réjouir ?

P. S-C. : Tout ça a déjà été dit, tellement souvent et bien avant moi. Ce que j’invite les gens à faire c’est plutôt à le ressentir profondément. La vie m’a appris que le corps ne ment jamais, et même plus, le corps parle. Il faut donc l’écouter, le comprendre et le respecter. Dans notre culture occidentale, c’est une chose que l’on n’enseigne pas. On cultive la bienveillance envers les autres, mais c’est plus compliqué vis-à-vis de soi. Et pourtant, c’est essentiel. Votre corps vous dit toujours la vérité. Après avoir passé plus de dix ans en psychanalyse et plus de dix ans à avoir fait le tour des thérapies comportementales, j’adore aujourd’hui le fait de vivre sans « pourquoi ». Si on utilise ce temps qui nous est donné en plus pour ressentir, se concentrer sur ce que l’on ressent, on entre alors dans une nouvelle liberté, avec toutes les belles promesses de l’âge. Mais en plus de ce travail, pour être bien il faut aussi continuer d’aller vers les autres. Je ne peux imaginer de vie joyeuse sans la compagnie des autres, l’écoute des autres, la tendresse des autres. Ressentir et vieillir libre, c’est donc tout sauf être autocentré.

« La vie m’a appris que le corps ne ment jamais, et même plus, le corps parle. Il faut donc l’écouter, le comprendre et le respecter. »

C’est donc avant tout l’amour qui ensoleille la vieillesse ?

P. S-C. : Totalement ! L’amour, c’est le fil conducteur. S’aimer soi-même et aimer les autres. Il n’y a rien de plus joyeux que d’aimer et être aimé en retour. Ça donne l’énergie et surtout la joie d’être en vie et d’en profiter.

Propos recueillis par Valérie Loctin.

SON DERNIER ROMAN

A 75 ans, une nouvelle liberté La longévité a tout changé. Malgré cela, le jeunisme règne. Trop de femmes ont peur de vieillir, entrent en guerre contre leur âge et en souffrent. Accepter sa vieillesse en étant au mieux de soi, cela invite, chacune, à rechercher la bonne attitude. Non seulement pour vieillir avec élégance, celle du corps et de l’âme, mais pour vivre enfin libre, la plus belle des pro- messes de l’âge.

« Les promesses de l’âge » de Perla Servan- Schreiber, Flammarion, 230 pages, 14,90 €.

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