Vieillir… sans petits-enfants

Vieillir… sans petits-enfants

Etre grands-parents ne va pas de soi, puisque nos enfants peuvent ne pas devenir parents à leur tour, par choix ou en raison des vicissitudes de la vie. Mais cela n’est pas sans conséquences sur la psychologie des seniors. Explications.

UN CHOIX IMPACTANT

Décider de ne pas avoir d’enfant et assumer ce choix est loin d’être évident à une époque où la maternité est portée aux nues. Pourtant, elles et ils sont de plus en plus nombreux à faire ce choix et à s’y tenir, en France comme ailleurs, et s’avouent parfaitement heureux comme cela. Le problème, c’est que cette décision impacte leurs propres parents, forcés d’imaginer leur vie future sans petits-enfants. Et en vieillissant, c’est souvent difficile de se projeter sans une descendance et sans le plaisir de transmettre son expérience à une future génération.

DES CAUSES DIVERSES

Pourquoi ce choix ? Relève-t-il d’un égoïsme ou d’un désir de réussite professionnelle galopant (moi et ma carrière d’abord) ? D’un profond scepticisme quant à l’avenir (état de la planète, situation économique) ? De difficultés relationnelles (rencontrer à temps celui qui serait le bon père pour son enfant) ? Quelles que soient les raisons, en France aussi, de nombreuses femmes assument ce choix de vie ou se font une raison.

EST-ON RESPONSABLE ?

On peut légitimement se demander, à notre âge, si l’on est responsable du fait que nos enfants ne veulent pas enfanter. La raison se trouve-t- elle dans l’enfance de notre propre progéniture ? C’est ce qu’a exploré la psychiatre Geneviève Serre dans une étude passionnante : « Les femmes sans ombre ou la dette impossible ». Suite aux entretiens menés avec des femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant, elle note un certain nombre de « points communs ». Dans tous les cas, celles-ci ont eu une mère soit trop absente, soit trop fusionnelle et étouffante. Elles ont par ailleurs le sentiment que, pour cette dernière, avoir un enfant a été quelque chose de plus ou moins imposé : « Peut-être font-elles donc le choix que leur mère n’a pas pu faire ? » suggère Geneviève Serre. Par ailleurs, elles n’éprouvent aucun sentiment de dette envers elle, comme si quelque chose avait clo- ché dans la transmission et qu’elles n’avaient pas reçu ce qu’elles pour- raient donner à leur tour…

NE PAS CULPABILISER

Dans tous les cas, difficile de le sa- voir… L’essentiel est de ne surtout pas culpabiliser à mauvais escient. Nos enfants devenus adultes, volent de leurs propres ailes, prennent leurs responsabilités et ce n’est pas à nous de choisir leur vie à leur place, même si cela a des conséquences pour nous. C’est certes difficile de se faire une raison, de se dire qu’on ne sera jamais des grands-parents, mais c’est ainsi.

EXPERT ANGÉLIQUE VANDENHENDE, PSYCHOLOGUE

D’où peut venir la volonté de ne pas enfanter !

« Devenir mère, c’est faire le deuil d’une partie de soi. De « l’enfant et l’adolescent  » qu’on a été pour s’inscrire dans le cycle de la vie. Que ce soit pour l’homme ou la femme, l’arrivée d’un enfant plonge dans les responsabilités
et l’âge adulte. Certains ne se sentent pas prêts à faire ce pas et ne le seront peut être jamais. Pour la femme, on peut également retrouver derrière cette absence de désir, un refus de la grossesse et de l’enfantement. Les modifica- tions corporelles induites par cette grossesse ainsi que l’accouche- ment, étant impossibles à ima- giner pour elle. Le désir d’enfant est le théâtre d’une relecture de sa propre histoire. Parfois, on retrouve chez les personnes n’en désirant pas, un lourd passé familial (monoparental, un vécu douloureux de l’enfance et de la relation parentale). La peur de répéter ce schéma peut alors freiner voire pousser à refouler définitivement tout désir d’enfanter. Certains voient l’enfantement comme un prolongement de leur vie, la peur de mourir s’estompe puisqu’ils laissent une descendance. Ceux qui n’en désirent pas ont donc un autre rapport à la mort. »

UN DEUIL À FAIRE

Se résoudre à ne jamais avoir de petits-enfants est donc un « deuil » à faire. Il prend du temps et se joue en plusieurs étapes essentielles. Le premier, passé le choc de l’annonce, c’est de l’accepter. Ce temps d’acceptation est le plus long. Il faut ensuite lâcher prise et penser à soi, en décidant d’avoir d’autres projets et en les menant à bout.

S’INVESTIR AUPRÈS D’ENFANTS

Si la présence d’enfants dans votre entourage vous manque au plus au point et impacte votre moral, il faut réagir. Non pas en essayant de convaincre vos enfants, mais en trouvant des ac- tivités vous permettant de rencontrer des enfants et de leur transmettre vos connaissances. Certains choisissent d’accueillir des enfants étrangers ou en situation précaire pendant les vacances, d’autres de louer une chambre à des étudiants chez eux, d’autres encore à se mobiliser dans des associations œuvrant pour les causes enfantines (enfants malades, maltraités, en danger…). Vous avez l’embarras du choix.

S’OCCUPER & TRANSMETTRE AUTREMENT

Pour certains seniors, il s’agira plutôt de trouver d’autres occupations, d’autres loisirs et hobbies dans la vie associative, le sport, le jardinage, la cuisine, les clubs de lecture… Dans tous les cas de figure, ce qui compte, c’est de ne pas se fâcher avec ses propres enfants pour autant, de garder le contact, les réunions de famille, les fêtes, de multiplier les occasions de continuer à se voir. Il faut enfin décider de privilégier une vie sociale, bannir toute forme de solitude et d’isolement, rencontrer de nouvelles personnes, se faire de nouveaux amis. Les petits-enfants ne sont pas les seuls à pouvoir bénéficier de votre expérience, à vous de choisir de continuer à transmettre, avec optimisme et sérénité.

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